Pour faire des lingots de cette taille, c'est toute une chaîne de travail.
Et pour les voir, ça a été pour nous tout un voyage !

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- Qui a préparé la sauce ?! Il n'y a pas de sel ! Même pas de cube Maggi ! C'est nul ! Zéro !!
- Mon frère, si tu es un bon musulman, tu ne dois pas crier sur tes sœurs comme ça.

Le voyage était déjà derrière nous. Nous attendions notre commande au restaurant depuis une bonne heure, harassés de fatigue, le regard dans le vide, la tête bourdonnant encore des kilomètres parcourus sur la piste. Nous entendions vaguement un client se plaindre et s'agiter en tous sens en nous repassant en tête le film des derniers jours passés en brousse.
Le but était de se rendre dans le Nord du pays, en Haute Guinée près de la frontière avec le Mali, pour voir travailler les orpailleurs. On nous avait dit qu'à Siguiri on pourrait trouver ce que nous cherchions, et peut-être même des diamants.
Première étape : Kankan. Départ de Conakry à l'aube.

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Le voyage a duré 13h, sur une route trouée à souhait, il a fallu un peu plus de trois heures pour rejoindre Kouroussa depuis Dabola, avec des routes ressemblant à ça :

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Les paysages, la végétation et le climat changeaient à mesure que nous avancions.
Région de Conakry :

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Fouta Djalon (Mamou) :

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 Kankan :

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Sur le fleuve Niger les femmes étaient en pleine activité de pêche :

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Et bien sûr, les véhicules hors d'âge et surchargés étaient de la partie :

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Arrivés à Kankan à la tombée du jour, nous repartons le lendemain matin pour Siguiri. La ville a des allures de Far West, on s'y repère facilement grâce à ses axes perpendiculaires. Tout y est poussiéreux, les rues sont larges, bordées d'une multitude de petites échoppes qui se regroupent par corporation, comme partout. Les boutiques de mécanique jouxtent les vendeurs de pioches, tandis que nous en repérons d'autres très discrètes, complètement vides mais portant un signe distinctif sur leur devanture : une petite balance. C'est donc là que l'on achète l'or. Il y a surtout de la poudre et de minuscules pépites, pour lesquelles on nous propose des prix délirants, basés sur les cours internationaux ! On se dit que la couleur de notre peau ne joue probablement pas en notre faveur, aucune discussion ne semble possible pour atteindre un prix raisonnable, alors nous partons à la recherche des orpailleurs.

Nous trouvons un petit groupe de travailleurs qui suent sang et eau pour trouver suffisamment d'or et le revendre le jour même aux commerçants de Siguiri. Avec leur maigre gain journalier, il survivent à peine. Leur technique consiste à remplir des sacs de terre aurifère et de les transporter jusqu'à leur lieu de travail. Ils en mettent une partie dans des calebasses qu'ils remplissent d'eau, ils font ensuite tourner le mélange d'eau et de terre pour que l'or s'écarte du centre grâce au mouvement circulaire.

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Voici deux petites pépites trouvées au moment où nous étions là. Comme on le voit sur la photo, les quantités d'or sont souvent infimes, il faut dont beaucoup travailler pour pouvoir en vivre :

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Sur un autre site, la méthode d'extraction de l'or est un peu plus sophistiquée, on se sert ici d'un système de filtrage. En haut se trouve un tas de terre aurifère que des gars jettent à la pelle sur la planche filtrante qui plonge dans l'eau.

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Album complet à Siguiri ici

Au moment de notre passage, il était tôt dans la journée, les travailleurs étaient sur le site depuis trop peu de temps pour avoir pu réunir un peu d'or à leur acheter... Qu'à cela ne tienne, demain, nous irons à Mandiana !
Encore des heures de piste rouge et cabossée... Pendant la petite pause café, on se rend compte que Mandiana est une ville fantôme.

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Où par exemple, en cas de pépin on n'aurait pas idée d'aller porter plainte dans son magnifique commissariat :

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Et bien évidemment, du "Bar café relais chez Sylvie" ne subsiste que la pancarte.

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Malgré tout, nous trouvons dans ce lieu improbable des vendeurs d'or. Une petite boutique sombre comme ma poche où un type affalé sur sa chaise, les pieds sur la table, discute avec son acolyte. On discute les prix, on regarde, on soupèse... on se met enfin d'accord.

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La transaction prend un temps interminable. Les vendeurs appellent Conakry et Kankan, ils sortent, vont chercher des informations... on attend en buvant de l'eau, les types reviennent puis repartent et nous comprenons qu'en une heure toute la ville est informée de notre présence ! Les enfants s'écrient "Toubabou !" en riant, les habitants viennent nous serrer la main, de nouveaux vendeurs font leur apparition dans la boutique et le ton commence à monter entre eux.
Bon, mais ça y est, l'opération est terminée, les mains sont serrées et l'or dans le sac.
Nous retournons à pied à la voiture et sommes poursuivis par deux motos, on veut nous vendre encore plus d'or. De magnifiques pépites d'or natif, dont une énorme nous sont proposées. Notre chauffeur s'en mêle, nous le laissons discuter pendant que nous buvons un dernier café. Au loin, on voit que ça discute :

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Album complet de cette charmante bourgade juste

Et puis quand nous pensons rentrer à Conakry avec un beau butin, les vendeurs reviennent sur l'accord, réclament l'or et nous rendent notre argent... ils ne savaient manifestement pas compter et ont sans doute pensé que nous voulions les arnaquer, en tout cas, le mystère est grand et nos poches vides !

Sur le retour, entre Koroussa et Dabola se trouvent des sites d'extractions sur lesquels tous les villageois du coin semblent se ruer le matin aux alentours de 9h. Le site est grand et fait penser à un campement, suffisamment organisé pour permettre aux travailleurs d'acheter une bouteille d'essence ou de manger un riz. Il y a un petit marché aux fripes que nous n'avons pas pu photographier... de même que nous n'avons pas pu nous rendre sur les lieux de fouille, le chef s'y est opposé.

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Ça ressemblait vraiment à une ruée vers l'or...

Pour ce beau voyage merci qui ? Merci Kiki !

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L'état des routes

La route est à peu près correcte de Conakry jusqu'à Dabola, mais de Dabola à Kouroussa, c'est l'enfer. Il s'agit d'une ancienne route goudronnée complètement explosée. On voit parfois des volontaires munis d'une pelle et d'une brouette pleine de terre qui rebouchent ces trous, espérant ainsi recevoir un petit billet des voyageurs. Pour parcourir ce tronçon Dabola-Kouroussa, il nous a fallu 3h30.

De Kouroussa à Kankan a route est correcte et le tronçon Kankan-Siguiri est carrément parfait, une véritable autoroute (avec tout de même des vaches qui dorment en travers de la route :) c'est comme ça jusqu'au Mali.

Conakry-Kankan : en partant le matin à 6h00 nous sommes arrivés le soir à 19h30.

Bonnes adresses

à Mamou
Guest House "Les Acacias"
Chambres propres et bien tenues, petit déjeuner copieux inclus, 150 000 GNF/nuit (15€)

à Kankan
L'hôtel de l'université
Chambres avec clim ou ventilateur, très correct, petit déj inclus, 120 000 GNF/nuit (12€)

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